Récit n°2 - La Fée Kurbis

Mis à jour : avr. 30

Avant de commencer, nous vous conseillons de relire la fiche de Kurbis pour une meilleure compréhension.

"Les premières années étaient compliquées ; je n’y connaissais rien. J’étais seule et je n’avais personne pour me guider. Il m’a fallu plusieurs saisons pour trouver à quelle période planter mes citrouilles pour qu’elles soient prêtes pour Samain."

Assises en tailleur devant la petite souche de la Fée Kurbis, Valentine et moi écoutions attentivement. Nous l’avions croisée par hasard durant l’une de ses rares sorties dans la Forêt, et elle était d’une humeur suffisamment bonne pour nous inviter à discuter.


Souche de la Fée Kurbis

D’un caractère plutôt solitaire, Kurbis était une vieille Fée qui semblait apprécier son rôle d’ancienne. Un léger parfum de citrouille flottait autour d’elle tandis qu’elle nous contait ses histoires :

"Les autres Fées ne m’ont pas très bien accueillie à l’époque, car notre communauté n’était pas encore aussi développée qu’aujourd’hui et je faisais partie des rares Fées à ne pas travailler toute l’année. Même les quelques Fées des fleurs et des fruits ne m’appréciaient pas, car elles estimaient que je n’apportais rien de beau dans la Forêt. C’était une autre époque et les choses ont bien changé, mais au départ ce n’était pas une mince affaire de me faire une place."

Grimaçant, Valentine a froncé les sourcils. Même si aujourd’hui les peuples cohabitaient entre eux avec, à défaut d’une grande amitié, un profond respect, nous savions toutes les deux que cela n’avait pas toujours été le cas.

Voyant nos mines désolées, elle a souri et a repris :

"J’ai finalement découvert à quelle période planter mes citrouilles pour qu’elles soient parfaites à l’automne. Les sorcières étaient ravies d’enfin en avoir pour fêter Samain et c’était ma première bouffée d’air frais depuis plusieurs années. C’est après cette cérémonie que je me suis rapprochée des sorcières, et notamment de la Sorcière. A l’époque elles étaient très nombreuses à venir à Stormwood, c’était bien différent d’aujourd’hui. Vous ne venez qu’une fois par mois mais nous vous considérons presque comme des résidentes à plein temps", a-t-elle dit en riant.

Cela nous a fait sourire. Kurbis était loin de l’image de la Fée renfermée et grognon que certaines jeunes Fées nous avaient décrite. Elle avait de l’humour et semblait observer son monde avec douceur et calme.

"La Sorcière m’a donné de nombreux conseils pour la pousse et l’entretien de mes citrouilles. Elle m’en commande de temps en temps pour ses potions et me permet de l’observer faire et d’apprendre avec elle. Je suis loin d’être une sorcière mais je suis l’une des seules Fées de la Forêt à pouvoir faire des potions de base", nous a-t-elle dit fièrement.

Kurbis nous étonnait de seconde en seconde. Un léger vent soufflait dans les arbres et nous l’écoutions sans un bruit. Elle semblait ravie de son effet et de nos réactions.

"J’ai par la suite commencé à faire du jus de citrouille. D’une part parce que je m’ennuyais durant l’année, et d’autre part parce que les habitants m’en réclamaient. Une fois encore j’ai mis du temps avant de trouver une recette qui me convienne, mais celle-ci n’était pas au goût de tout le monde. Si vous en avez l’occasion, allez faire un tour chez les différents peuples qui habitent cette contrée et demandez-leur de vous faire goûter leur jus de citrouille. Vous verrez qu’il n’est pas le même selon les régions.

- Pourquoi ne pas nous faire goûter ici Kurbis ? j’ai demandé.

- Où serait le mérite voyons ? Vous êtes jeunes, cela vous fera voyager un peu", m’a-t-elle répondue, malicieuse.



Elle a fait une pause songeuse, posant son regard çà et là autour d’elle. Légèrement plus petite que les autres Fées que nous avions vues, elle avait un charme paisible qui impose le respect. Je l’imaginais bien avec la Sorcière, ricanant comme de vieilles amies. Elle a repris, me coupant dans mes pensées :

"Avant de faire du jus pour les habitants, j’étais encore, au pire celle qui ne travaille pas durant l’année, au mieux la Fée amie des Sorcières. Je n’ai véritablement été acceptée dans la Forêt qu’à l’occasion d’une fête de Beltaine, qui aura d’ailleurs bientôt lieu. C’est la fête du printemps chez les Sorcières, et nous faisons un grand repas pour célébrer le retour de la lumière. Il y a un rituel que nous aimons bien à Stormwood, c’est celui du passage du feu. Sous une pluie d’incantations, chaque habitant traverse un chemin de torches, afin de se protéger pour l’année à venir."

J’ai entendu Valentine murmurer :

"J’adore…"

Cela a doucement fait sourire Kurbis.

"C’est donc durant cette fête il y a des siècles, que je me suis démarquée. Je la trouvais trop fade, et c’était ma première année dans la confection de jus de citrouille. Bien évidemment, je n’en avais parlé à personne, mais j’avais envie de le proposer aux Woodiens depuis longtemps, et c’était une occasion parfaite. J’ai alors déposé quelques bocaux sur les tables sans me faire voir et j’ai attendu dans mon coin. Après quelques temps, les habitants ont commencé à goûter, ils avaient des regards étonnés, d’autres ravis, d’autres curieux mais aucun n’était dégouté. Les pots circulaient entre les mains et chacun goûtait et y allait de son petit commentaire. Les gens riaient et s’amusaient à deviner ce que c’était."

Elle avait les yeux brillants en nous racontant cela, et un grand sourire lui illuminait le visage. La jeune Fée en elle ressortait à cet instant et des petites rides de bonheur s’étaient créées aux coins de ses yeux.

"Le lendemain à mon réveil, j’ai trouvé devant chez moi une vingtaine d’habitants de la Forêt m’attendant pour me remercier, me complimenter et me demander s’il me restait du jus de citrouille. Les Nains, plus directs que les autres peuples, m’ont immédiatement dit qu’ils souhaitaient une formule plus amère et relevée. Entendant cela, les Elfes m’ont timidement demandé si je pouvais également adapter la recette pour eux et, de fil en aiguille, je me suis retrouvée avec une recette par peuple à élaborer."

Elle a soupiré en disant cela et son regard a de nouveau voyagé des décennies plus tôt. Un léger silence s’est installé, uniquement perturbé par les pépiements des oiseaux.

Pensive, Valentine lui a demandé :

"Si je peux me permettre, qui sont les autres Fées à pouvoir confectionner des potions comme toi ?

- Je vous laisse le découvrir en discutant avec elles", a-t-elle conclu avant de se retirer.

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